L’étang “Shinobazu”

1 août 2006, L’étang “Shinobazu” à Tokyo, aquarelle et pastel

  Quand j’avais 10-12 ans, j’ai habité Ohanajaya au arrondissement Katsushika à Tokyo où en face de la gare il y avait un marchand de primeurs dont le frère du gérant serait très connu comme poète Yoshimoto Ryumei, 1924-2012. Une fois, je l’ai regardé dans ce magasin avec ma mère qui m’amenait souvent pour faire aider en courses. Il avait la coiffure à raie, habillait le costume de salarié, mais sans ves-ton, avec bottes de marchand, c’était un peu drôle pour les yeux d’enfant comme un faune de mi-ouvrier et mi-intellectuel.
Or, à ce moment-là, chaque dimanche, j’ai frèquanté Uéno avec un ami d’école primaire pour y passer le temps. Au contraire d’aujourd’hui, beucoup de soûlauds et clochards s’y étaient installés çà et là sur la rue d’Améyoko où nous nous sommes baladés dans l’attente de quelques choses d’intéressant dès que nous sommes arrivés à la Gare d’Uéno, et avant midi, nous montaient au septième étage dans le grand magasin Matsuzakaya pour commander un plat de déjeuner accompagnant le riz de petits pickles (30 yens) au restaurant Nihon Shokudo, et après ça, nous nous déplacions au étang “Shinobazu” autour duquel nous nous habituions à regarder les spectacles de saltimbanques et les articles de camelots jusqu’en fin d’après midi. Ils étaient fantastiques, et cependant leurs figures sont disparus de Parc Uéno un jour avant que nous nous en soyons aperçus, comme si les oiseaux migrateurs s’étaient envolés tous ensemble.
Soit dit en passant, l’immeuble tour que vous regardez à gouche dans le tableau, c’est Sofitel Tokyo qui est déjà disparu ainsi que les saltimbanques et les camelots, et Carlos Ghosn et Carrefour Japon aussi l’ont suivi. Ces pénétrations de capitaux français au Japon se sont réduits à rien tout de suit de même. Les lotus d’étang “Shinobazu” seuls fleurissaient éternellement.